PÉTITION NATIONALE DES MÉDECINS OPHTALMOLOGISTES
Saisine du Conseil de la concurrence relative à la tarification de la consultation spécialisée en ophtalmologie
À Monsieur le Président du Conseil de la concurrence,
Nous, médecins ophtalmologistes exerçant au Maroc dans le secteur libéral, avons appris avec stupeur, étonnement et une grande inquiétude la récente circulaire de la Fondation Sheikh Khalifa fixant le coût de la consultation spécialisée en ophtalmologie à 150 dirhams, soit environ 12 euros.
Il est à noter qu’à ce jour, une consultation spécialisée en ophtalmologie à un tarif équivalent à 12 euros n’existe pratiquement nulle part, ni dans les pays du Maghreb tels que l’Algérie et la Tunisie, ni dans les pays européens avoisinants comme l’Espagne ou la France, où le coût d’une consultation ophtalmologique spécialisée se situe généralement entre 50 et 100 euros.
Par ailleurs, le plateau technique nécessaire à la consultation en ophtalmologie figure parmi les plus coûteux toutes spécialités médicales confondues. Au Maroc, en tenant compte des taxes, des droits de douane et des prix pratiqués par les fournisseurs, le coût d’un plateau technique complet est estimé entre 500 000 et 600 000 dirhams. À ce coût initial s’ajoutent l’augmentation continue du SMIG, la pression fiscale, les charges liées aux consommables médicaux et les frais de main-d’œuvre.
Dans ces conditions, le revenu net réellement perçu par l’ophtalmologiste ne représenterait, dans le meilleur des cas, que 10 à 20 % du montant payé par le patient. Rapporté à une consultation fixée à 150 dirhams, cela correspond à une rémunération nette située entre 5 et 7 euros. Un tel niveau de rémunération apparaît dérisoire au regard de la durée des études médicales, des responsabilités assumées et de l’engagement des médecins spécialistes au service de la population.
Nous vous prions de bien vouloir diligenter une enquête sur cette mesure que nous considérons comme susceptible de constituer une entrave grave à une concurrence loyale. Un tel tarif ne peut permettre aux ophtalmologistes, notamment les jeunes installés, de couvrir leurs charges professionnelles, au risque d’entraîner un étouffement progressif de la profession. Nous rappelons qu’au Maroc, on dénombre environ 1 200 ophtalmologistes, dont près des deux tiers exercent dans le secteur libéral, un effectif insuffisant pour répondre aux besoins de la population.
Les médecins ophtalmologistes demeurent ouverts à la recherche d’un consensus national garantissant l’accès aux soins pour les populations vivant en dessous du seuil de pauvreté. Toutefois, cette solidarité nécessaire ne doit pas être confondue avec des pratiques assimilables à une concurrence déloyale.
Nous attirons également votre attention sur le fait que la tarification nationale de référence existe depuis plus de vingt ans sans révision périodique conforme aux mécanismes prévus initialement par l’État. Cette situation pénalise à la fois les professionnels de santé et les citoyens marocains.
Nous comptons sur votre haute autorité pour engager une enquête approfondie et associer les instances scientifiques et syndicales représentatives des ophtalmologistes marocains afin de garantir une éthique professionnelle, une concurrence saine et une médecine citoyenne.
Veuillez agréer, Monsieur le Président du Conseil de la concurrence, l’expression de notre haute considération.